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vendredi 1 avril 2011

DON'T play it again, Sam

C'est officiel. Joann Sfar, pourtant césarisé, et Guillaume Canet ne sont plus seuls. Ils viennent d'être rejoints au panthéon des réals français qui se la racontent grave alors que y a franchement aucune raison par Samuel Benchetrit.

Chez Gino
Samuel Benchetrit est un grand fan du réalisateur de télé Serge "Magnéto" Khalfon

Ce soir, surtout parce que mon géniteur en avait l'envie, je suis allé avec lui voir Chez Gino. J'ai eu tort.

Quand on dresse la liste de tout ce qui compose un film comme The Social Network, tout est parfait. Dans Chez Gino, tout est mauvais.

Sauf le pitch : un père de famille pizzaïolo, italien débarqué à Bruxelles dans sa prime jeunesse, se voit offrir l'héritage de son oncle parrain napolitain à condition qu'il démontre qu'il a lui-même su s'imposer en tant que caïd en Belgique. Pour ce faire, il demande à un cinéaste amateur de tourner un mockumentary sur sa fausse vie de gangster.

Ceci mis à part, c'est globalement n'importe quoi, la fausseté du docu venant contaminer le reste du film (à moins que ce soit le jeu d'acteur de Benchetrit lui-même ?). Du coup, on ne fait plus la différence entre les personnages qui jouent mal dans le faux film et les acteurs qui jouent mal dans le film tout court (avec une mention spéciale pour Anna Mouglalis).

Le réalisateur semble s'échiner à absolument tout rater pendant 1h45, qui paraissent absolument interminables, des 15 minutes de récit de la jeunesse de Gino en Italie, qui ne servent à rien sinon à mettre en avant Jules, le fils du monsieur et de Marie Trintignan, jusqu'à la participation pathétique d'un Ben Gazzara mal post-synchronisé - à ce propos, je ne m'explique pas les impressions de José Garcia trouvables sur wikipedia : "une fois qu’il a commencé à jouer, ce fut un moment de grâce ! Ce n’était pourtant pas facile : il faisait très chaud, il a 80 ans… Mais le texte est sorti d’une traite, à la perfection."

Samuel Benchetrit, c'est un peu un Tarantino sans talent, finalement : un mec qui a les références, mais qui aime bien te montrer qu'il les a, quitte à utiliser un énorme écriteau fléché avec marqué dessus "wouhou, hé, hé, tu l'as vue, ma référence que j'ai vu le film mais que je me dis que comme tu l'as pas vu, toi spectateur inculte, je préfère te le faire bien montrer pour que tu le voyes bien ??"

Sûr que Coppola, Vitenberg ou Scola doivent bien kiffer. Nous pas.

jeudi 13 janvier 2011

Vade Rétro Cinemas

Après un écart imposé par une actualité brûlante hier, voici la fin de la rétrospective ciné 2010 avec Les 10 Meilleures ignominies de l'année dernière.

10ème : Raiponce
On m'avait promis le meilleur Disney depuis...Aladdin ? Bah oui : John Pixar Lasseter en producteur exécutif, Glen "Waking Sleeping Beauty" Keane à l'animation, sur le papier ça donne envie. Et puis des cascades de dithyrambes de la part des critiques, en télé comme sur les sites spécialisés.

Sauf que sous un emballage de renouveau se cachait juste un Disney au rabais, avec tous les ingrédients habituels :
- des moments pour les filles (avec chansons), d'autres pour les garçons (avec bastons)
- une méchante vieille mais qui fait tout pour avoir l'air plus jeune (ou ressembler à Cher, on sait pas trop)
- des chansons gerbativement cuculs et qui ne font que répéter ce qui vient d'être clairement énoncé dans les dialogues ("vivre dans un donjon...")


Ceci dit, moi ce qui m'a sans doute le plus gêné, c'est son nom, à la princesse. D'ailleurs, les Américains ne s'y sont pas trompés en intitulant le film "Tangled" et pas "Rapunzel". Parce que quand tu vois le film en VO et que tu as plus de 23 ans, tu peux pas t'empêcher de penser à ça :


9ème : Adèle Blanc-Sec
On ne va pas accabler ce pauvre Luc Besson, qui en plus d'être souvent lapsucé avec son homonyme du gouvernement, n'a pas réalisé un bon film depuis Léon Le 5ème Element a bénéficié d'un accueil démesurément positif à sa sortie (en tout cas par moi, mais j'avais 15 ans), je vous assure, il a mal vieilli. En même temps, ça fait plus de 10 ans qu'il prend chaque année la résolution d'arrêter de mettre en scène. On attend toujours. Un bonus :


8ème : Sherlock Holmes
Cf. cette note du 24 février dernier. Avec une mention spéciale pour Jude "HooouuuuLaw, le mec que tu reconnais pas quand tu le croises à 5h du matin tout seul sur la Place du Trocadero.

Sherlock Holmes

7ème : Biutiful
Son premier exepté, à chaque nouveau film d'Iñarritu, on se dit que le précédent était vraiment bien. Enfin, qu'il était mieux. C'est donc avec une hâte certaine que j'attends le prochain, parce que Biutiful était quand même un ramassis sale et misérabiliste, empreint de tout ce que le réalisateur nous a déjà abreuvé et dont Javier Bardem (et le reste du casting) est le seul élément à sauver. 
Beurp. Et rendez-vous ici pour une excellente critique détaillée.

Biutiful

J'avoue, j'ai dormi. Je suis donc dans l'impossibilité de dire si ce que je n'ai pas vu du film était aussi chiant que ce que j'ai vu. On peut néanmoins relever la superbe idée de ce prequel : parler des personnages avant leurs faits d'arme mais sans qu'on voie trop en quoi les évènements ne les définiront. Super.


Ca, c'est fait. Avec une double-dose pour Clint, dont le prochain film sent le super-nanard à plein nez.


3ème : Alice au Pays des Horreurs
Tim Burton est prié par ses fans de faire un bon film. Vite. En 2D ou 3D, on s'en fout, du moment qu'il est regardable. Merci.

Alice au Pays des Merveilles
Même Madonna ne s'en est pas remise.

2ème : Boonmee, l'oncle saoûle (© moi)
Non content de faire de mauvais films, Tim Burton nous gratifie de la Palme d'Or la plus soporifique de l'histoire du festival (enfin, qu'il m'ait été donné de voir en tout cas). Bon, on s'est bien marrés, au moins, quand le fils-singe aux yeux Magic Light vient dîner.


1er (évidemment) : Les Petits mouchoirs
Il ne pouvait en être autrement (cf. le lien ci-dessus dans le titre). Le pire, c'est qu'ils vont se reproduire (regardez comme ils sont contents).

Marion Cotillard est enceinte

jeudi 21 octobre 2010

La Petite crotte de nez

J’aurais dû me méfier. En revoyant la semaine dernière Ne le dis à personne, que j’ai pris un plaisir presque aussi grand à visionner en dvd que celui que j’avais eu à sa sortie ciné, je me suis rendu compte que j’en avais complètement occulté la première séquence.

Le film s’ouvre sur un dîner entre amis, au cours duquel les protagonistes ont tous l’air de bien s’amuser (sauf le personnage de Marie-Josée Croze), mais qui nous exclut complètement en tant que spectateur - a fortiori parce qu’on ne comprend pas bien ce qu’il s’y raconte et qu’on le prend en plein milieu.

Il s’agit sans doute du moment le plus creux d’un récit par ailleurs plein de rebondissements, et il faut le dire plutôt bien foutu, tant dans son fond que dans sa forme.

Malheureusement pour nous, ce cher Guillaume a décidé qu’il ferait de cette scène un film de plus de deux heures trente. Bienvenue à Arcachon. Bienvenue en enfer. Ce qui suit s’adresse à toi, Guillaume Canet.

(je précise que cette affiche existe vraiment, mais le distributeur a finalement opté pour une affiche qui fait un peu moins peur, mais quand même)

L’agonie fut longue. On y avait pourtant cru, pendant les 15 premières minutes, cette ouverture en plan-séquence pas mal du tout, cette révélation modernement vaudevillesque de Magimel.

Mais non. Non, mec. C’est pas parce que je vois tes personnages rire, chialer, ou dire « je suis content » que je vais rire, chialer ou dire « je suis content ». Ca marche pas comme ça, mec.

Et puis ça te fait p'têt marrer de voir ta femme fumer des oinjs, baiser un M qui ressemble à Jack Black, se taper Maxime Nucci (Maxime Nucci ? Dans un film ? Qui joue un morceau entier ? Vraiment ???) et jurer comme un charretier (oui, hein, parce que cette seule fille d’un groupe de potes-mecs est forcément elle aussi un peu un mec), mais nous on s’en fout. En plus, on l’aime pas, ta femme.


Alors promets-moi de ne plus jamais - JAMAIS - recommencer. Et retiens-en au moins deux leçons :
1. on ne peut pas laisser tourner sa caméra quand on n’a rien à raconter, sinon sa "dépression/ses vacances entre potes qui n’ont que des problèmes de riches alors on va en faire une comédie mais on fera avoir un accident à un des potes pour que ce soit un drame",
et 2. on ne fait pas un chef d’œuvre juste parce qu’on l’a décrété après avoir monté un film de 2h34.

Merci.

mercredi 24 février 2010

A Rit-chier par terre

Je ne pensais pas que c'était possible. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence : Danny Boyle a trouvé à qui se mesurer en matière de mise en scène absurdement amphétaminée en la personne de Guy Ritchie. Quoique, Ritchie est peut-être (si toutefois c'est encore possible) plus bourrin.

Arnaques, crimes et botanique était son Petits meurtres entre amis (jusqu'ici, tout va bien, comme dirait cousin Hubert), Snatch son Trainspotting (jusqu'ici, tout va bien). Je n'ai pas vu RocknRolla, donc je m'abstiendrai de trouver un équivalent Boylien. Sherlock Holmes, par contre, je n'ai pas peur de le dire, vole aussi bas que Slumdog Millionnaire.

Sherlock Holmes

Le scénario est parsemé de "traits d'esprit" tous plus lourdingues les uns que les autres, les explosions et les bastons à tire larigot vous font regretter de ne pas avoir d'Aspegic à portée de main. Mais elles constituent, paradoxalement, des moments de répit tant les dialogues sont d'une platitude pesante. Un peu comme dans Funny Games, dans lequel Haneke alterne les séquences où il ne se passe rien (à dessein) et les scènes ultra violentes, qu'on en vient à attendre avec impatience autant qu'avec appréhension.

Sans compter cet usage du symbolisme pour les débiles légers, lorsqu'un corbeau fait son apparition à chaque fois qu'un personnage est sur le point d'y passer. On sait jamais, des fois que le spectateur ne comprenne pas que suite à une chute du 3ème étage après combustion spontanée, on a peu de chance d'être frais et dispo... Par ailleurs, Ritchie a visiblement mal digéré sa rupture d'avec Melle Ciccone : son espèce de sous-Franc-maçonnerie ("Temple of the four Orders"...) a des faux airs kabbalistes...

Bon, et puis je pinaille, mais c'est quoi ce noircissement pourri de la dent du géant qui parle français (oui, j'ai compris qu'il parlait français parce qu'il n'y avait plus de sous-titres quand il causait) ? Y avait plus de budget pour le maquillage ?

Et l'intrigue. L'intrigue... Dans l'œuvre d'Agatha Christie, on s'amuse à chercher à identifier un meurtrier ou résoudre l'énigme, quitte à prendre de fausses pistes. Ici, on sait de bout en bout que les méfaits relevant du fantastique vont trouver une explication à la fin, et aucun élément n'est donné pour que l'on puisse tenter d'éclaircir le mystère par nous-mêmes.

Beau gâchis en somme, surtout pour Robert Downey Jr., qui se prête au petit jeu du film d'action imbécile, et qui malheureusement risque fort de remettre le couvert, si on lit entre les lignes - pardon - les poutres de la scène finale.

Guy Ritchie : - "Quelqu'un reveut-il un peu de tartiflette à la choucroute ?
(Tous en chœur) : - NON MERCI."

jeudi 31 décembre 2009

My own private cine retro, Part. 3

Bon, et pour finir, et parce que c'est quand même vachement plus marrant (et facile) de cracher sur ce qu'on n'aime pas que d'encenser ce qu'on aime, voici le Top 7 des horreurs 2009.



7ème : Humpday (vu le 29 septembre, au Mk2 Quai de Loire)
Archétype du film indépendant américain, Humpday raconte l'histoire de deux meilleurs potes qui se lancent le défi de coucher ensemble pour se prouver leur amitié. Finalement, ils baissent les bras, et le spectateur aussi devant tant de vide occupé par des dialogues horriblement mal post-synchronisés.


6ème : L'Etrange Histoire de Benjamin Button (vu le 21 février, à l'UGC les Halles)
Nominé 13 fois aux Oscars 2009 et finalement reparti avec 3 statuettes dans des catégories comme "meilleur maquillage" ou "meilleurs effets visuels", Benjamin Button... est un des films qui s'est avéré le plus décevant cette année. Après avoir été sur-vendu et rendu ultra attendu ("le nouveau Fincher plein d'effets spéciaux hallucinants avec Brad Pitt"), cette Etrange Histoire est finalement un enchaînement de scènes retouchées assemblées par un réalisateur qui se regarde filmer, persuadé de pondre là un chef d'oeuvre, alors qu'en y songeant 2 secondes : s'il n'avait pas été réalisé par Fincher, avec ce casting et cette qualité de maquillage/images retouchées, ça serait juste un navet irregardable - la réflexion pseudo-philosophique "et si je commençais ma vie par la fin" est quand même assez rapidement trappée, reste une bluette entre Blanchett et Pitt...
En d'autres termes, si on nous l'avait pas rendu désirable, la seule impression qu'auraient gardée les spectateurs de ce film aurait été : "tu l'as vu, ce nanar où Brad Pitt joue un vieux dans un corps de bébé ?" (mais je veux bien ouvrir les paris sur le regard qu'on portera dessus dans 5 ou 10 ans...)




5ème : Micmacs à tire-larigot (vu le 2 novembre, au Mk2 Quai de Loire)
Bon, cf. ici, pas grand chose à rajouter.


4ème : Le Petit Nicolas (vu le 20 octobre, au Mk2 Quai de Loire)
Plus de 5 millions d'entrées, avec on l'imagine un coefficient Paris/Province classique pour ce genre de films, Le Petit Nicolas est une vaste blague. On y va avec le souvenir (pas forcément lointain, grâce aux sorties récentes d'histoires inédites) de la verve du personnage de Goscinny. On en ressort comme floué, ayant assisté à un festival de blagues Carambar, de références et clins d'oeil lourdauds et ineptes, et surtout atterrés par un petit acteur principal fade, qui nous dit en conclusion que son but dans la vie est de "faire rire" alors qu'il a été transparent pendant 1h30. Et dire que Chabat est censé avoir co-signé les dialogues...


3ème : Le Bal des Actrices (vu le 7 février, au MK2 Quai de Seine)
S'il est une chose que j'abhorre de la part d'un auteur ou un artiste, c'est l'auto-flagellation : "je laisse entendre dans mon oeuvre que celle-ci est mauvaise ou pourra être jugée comme telle ; ainsi, si le public ne l'aime pas, je pourrai dire 'mais je vous avais dit que c'était à chier', et s'il l'aime bah tant mieux pour ma pomme".

Maïwenn Le Besco pense ainsi faire preuve de modestie, mais ce sont généralement les réalisateurs les plus prétentieux qui osent ce genre de malhonnêtetés intellectuelles. Son film est juste brouillon, intello et franchement chiant : sans véritable scénario, il tourne à vide, la seule idée un peu intéressante du film étant de faire chanter des actrices (attend, y avait pas un film qui s'appelait 8 Femmes, un truc comme ça ?...), dont la vie, ô les pauvres, n'est décidément pas facile ("je dois gérer mon image de femme publique, mon statut d'icone, d'objet de désir, d'objet tout court pour mon réalisateur - sauf quand c'est Maïwenn, parce que là c'est ma copine, c'est pas juste un pygmalion -, mais aussi celui d'amoureuse, de fille ou de maman").
Néanmoins, le plus détestable, c'est que la demoiselle pense avoir acquis une légitimité en tant que "réalisatrice torturée", alors qu'elle ne reste pour moi qu'une actrice à tronche chelou bonne à jouer des chanteuses lyriques extra-terrestres.




2ème : The Reader (vu le 25 juillet, au Mk2 Quai de Loire)
Sans doute une des plus belles arnaques de l'année. Un truc à souhaiter que Julien Courbet anime Le Cercle sur Canal, avec Maître Berges parmi ses critiques.
- Un récit qui se déroule en Allemagne mais tourné en anglais : comme si la langue n'avait aucune importance, et les dialogues non plus d'ailleurs.
- Kate Winslet qui se retrouve vieille à la fin et jouant un personnage "qu'on-croit-qu'il-est-méchant-mais-peut-être-qu'en-fait-elle-a-juste-quelque-chose-à-cacher-oulala-qu'est-ce-que-ça-peut-bien-être-?" : forcément, bam, un oscar.
- Un scénario lourdingue, qui t'explique en te prenant par la main, débile petit spectateur, ce qu'il faut comprendre à chaque scène et globalement du film (de mémoire, le professeur de lettres de Michael Berg explique que "ce qui définit la littérature européenne contemporaine, c'est ce que les personnages ne révèlent pas au lecteur ni aux autres personnages" et que "c'est ce qui fait avancer l'intrigue de chaque oeuvre" ; merci Stephen Daldry, on n'avait pas compris que tu nous parlais de ton film, en fait...), au service d'une mise en scène aussi bouleversante que celle d'un épisode de Derrick.
- Et le fin du fin, c'est qu'à cause des raccourcis pris sur le bouquin (d'après ce que j'ai entendu à droit à gauche, je confesse ne pas l'avoir lu), le discours qui est tenu est tout simplement scandaleux : les Nazis n'étaient pas Nazis par choix, mais par nécessité ; pire, les coupables des crimes les plus odieux seraient juste illettrés - et donc pas vraiment responsables. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver, mais je viens de gerber cognitivement dedans ma tête.




And La Bouse d'or 2009 goes to : Slumdog Millionaire (vu le 17 janvier, à l'UGC Les Halles)

Je m'autorise exceptionnellement à recycler une petite note que j'avais publiée au moment de la sortie du film - mais dont j'assume toujours chaque mot.



Pourquoi Slumdog Millionaire est-il encensé de toute part ?

A : Parce qu’il permet d’avoir bonne conscience (j’ai aimé un film qui n’était pas tout à fait américain, y a des Indiens pauvres en plus dedans…)
B : Parce que les journalistes américains d’une part n’ont pas beaucoup de bons films à voir, donc même un film passable est tout de suite porté aux nues (et se retrouve triomphant aux Golden Globes), et que les spectateurs d’autre part ont parfois tendance à s’emballer sur des films sans trop réfléchir (21 Millions de Ch’tis, vive la France)
C : « Parce que c’est Danny Boyle, tu comprends, le mec qui a fait Trainspotting et après a oublié son amour-propre au profit de ses producteurs, et le scénariste de Full Monty, qu’on sait pas trop ce qu’il a foutu depuis 1997… »
D : La réponse D (désolé, je suis à cours, je me l’explique pas trop en fait ce succès…)

Serais-je donc le seul à avoir senti la supercherie ? Personne pour lever le(s) lièvre(s) ?? Tout le monde (enfin, les journalistes et une grande partie du public), tous dupes ???

Hier soir, comme toute la salle de l’UGC des Halles, me suis retrouvé face à la nouvelle pub de Dany Boyle.

Oui oui, une pub. De par le style, d’abord, qu’on cherche encore près de 15 ans après Petits meurtres entre amis, chez le réalisateur britannique, toujours aussi hystérique. Bon, se retrouver au 3e rang, ça aide pas, mais je pense que même sur un écran d’iPhone ça l’aurait pas plus fait… Mais sa seule patte finalement ne se résumerait-elle pas uniquement à un montage très cut et une tentative incessante d’en mettre plein la vue au spectateur ? (nb : pas de méprise, Trainspotting et même Une vie moins ordinaire ont longtemps fait partie de mes films de chevet, j’ai juste dû grandir un peu…)

Mais il aura certainement échappé aux quidams un détail. Le film est co-produit par une société nommée Celador. Et Celador, je vous le donne en mille (ou plutôt en millions), n’est autre que la société productrice de… ‘Who wants to be a millionaire?’ Autrement dit, ce qui pourrait passer pour une œuvre de création artistique de la part du Golden Globisé (!!!) scénariste de Full Monty Simon Beaufoy n’apparaît en fait que comme un formidable écrin pour faire parler (si toutefois il était encore besoin d’en faire la publicité), ou plutôt de transmettre une image reluisante d’un jeu télévisé dont la seule originalité réside dans sa mise en scène (je vends des formats de jeu tv, donc je sais de quoi je parle : en matière de mécanique, y a pas plus pauvre si on oublie ‘A prendre ou à laisser’…).

Et quand on y réfléchit, ce jeu n’est-il pas un prétexte à raconter l’incroyable histoire de ce jeune homme, que tout aurait dû conduire à l’échec et à qui la vie finit par sourire ? Dans ce cas, n’est-il pas quelque peu gênant de devoir avoir recours aux questions qui lui sont posées pour souligner le caractère extraordinaire du parcours du jeune homme ? Autrement dit, QVGDM n’est-il pas superflu ? On peut d’autant plus se poser la question que l’argent n’est pas la motivation première du personnage…mais dans ce cas, où est l’intérêt de situer ce personnage au plus bas de l’échelle sociale indienne ?

On oubliera quelques autres incohérences (la dernière question, le choix du frère…), et puis bon, on se dira, de même que quand on éteint la télé après avoir regardé Foucault : ‘mais qu’est-ce que j’ai foutu devant cet abjecte spectacle pourtant si divertissant, où ceux qui gagnent le plus ne sont pas ceux qu’on croit ?’…

Et oui, c’est mon dernier mot, Jean-Pierre.