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jeudi 6 janvier 2011

S'il ne devait en rester que 19 et 1/2

L'hésitation fut justifiée, le doute saisissant, l'angoisse palpable.

Mais vu que je me suis quand même tapé l'épluchage de tout ce que j'avais vu au ciné en 2010, j'ai décidé de me lancer. Voici donc la première partie de la rétro 2010, avec à suivre les curiosités, les trucs dont on se souvenait même pas qu'on avait passé 2 heures devant et les plus belles horreurs de l'année dernière.

En vrai, 4 films auraient pu suffire à résumer ce que j'ai vu de mieux ces 12 derniers mois. Mais un Top 4, c'est trop frustrant ; 10, c'est trop cliché ; et 20, je l'ai fait l'année passée. Alors je vous propose mon Top 19 et 1/2.

The Social Network

1ers ex-aequo (sans surprise) : The Social Network & A Serious Man
Benjamin Button était imbitable et boursouflé ; le nouveau Fincher est un cru incroyablement parfait. En tous points : le casting (♥♥♥ Andrew Spidey Garfield ♥♥♥), la construction du scénario (♥♥♥ Aaron Sorkin ♥♥♥) les dialogues, la photo, la musique (♥♥♥ Trent Reznor ♥♥♥)... Il en résulte un objet duveteux, dans les méandres duquel j'ai pris un malin plaisir à me laisser bercer (deux fois).

Quant au film le plus juif des frères Coen, ma déclaration d'il y a près d'un an tient toujours.

A Serious Man

3ème (vu qu'il y a deux premiers) : La Comtesse
Après un hilarant 2 Days in Paris, Julie Delpy réalise un nouveau petit bijou, plus classique en apparence mais ultra moderne quand on y regarde mieux, et étonnamment absent de tous les "Topitos" de fin/début d'année. Le film est pourtant fascinant, à mi-chemin entre le fantastique, le drame et le film en costumes (ça reste "mi-chemin" quand il y a 3 extrémités ?). Dommage que les bonus du Dvd n'inclue qu'une interview avec Serge Moati (je l'ai vue, c'est oufissime ; non, je déconne), il y aurait eu matière à making of.

La Comtesse

4ème : Fantastic Mr. Fox
Mieux je connais le cinéma de Wes Anderson, plus je le trouve savoureux. J'ai déjà dit du bien ici de sa merveille animée, et il me tarde de me plonger dans un de mes Fantastic Cadeaux de Noël, à savoir le Dvd de Rushmore.

Fantastic Mr. Fox

Puis :
5ème : Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans, de Werner Herzog
Pour un Nicolas Cage sans aucune morale.

6ème : Toy Story 3, de Lee Unkrich (film préféré de Tarantino en 2010)
Pour Mr Tortilla.

7ème : Kaboom, de Greg Araki
Pour son ambiance Richard Kelly-burl-esque fluo.

8ème : Inception, de Christopher Nolan
Même si les allers-retours imposés par la complexité de l'enchevêtrement du tout gâchent un peu le plaisir de l'expérience, ce film, j'en suis convaincu, nous parle en fait avec virtuosité de cinéma, tout simplement : l'architecture, le scénario, les personnages de chaque rêve sont trop de similitudes avec le 7ème art pour ne pas y voir le message d'amour que lui envoie Nolan, qui n'est finalement qu'un faiseur de rêves.

9ème : Machete, de Robert Rodriguez
et
10ème : Outrage, de Takeshi Kitano
Deux films avec comme point commun la dédramatisation de la violence, mais pour un résultat différent : d'un côté, comme dans à peu près tous ses films, Rodriguez propose du pur divertissement (impliquant parfois l'utilisation d'un intestin grêle) ; de l'autre, l'approche de Kitano ressemble plus à celle des Coen, lorsqu'il provoque chez nous un rire nerveux face à des comportements ultra-violents.

Et pour finir :
11ème : Mammuth, de Gustave Kervern et Benoît Delépine
12ème : Tournée, de Mathieu Amalric
13ème : Vincere, de Marco Bellocchio
13ème et 1/2 (pas vu en entier à cause d'un papa nauséeux, caca et autres trucs dégueux à l'écran obligent) : La Merditude des choses, de Felix Van Groeningen
14ème et 1/2 : Shutter Island, de Martin Scorsese
15ème et 1/2 : Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois
16ème et 1/2 : Potiche, de François Ozon
17ème et 1/2 : Dans ses yeux, de Juan José Campanella
18ème et 1/2 : Kick Ass, de Matthew Vaughn
19ème et 1/2 : Une petite zone de turbulences, de Michel Blanc

Classement purement subjectif réalisé à partir des 62 fois où me suis rendu au ciné cette année.

Et vous ?

mardi 26 janvier 2010

Jewish connection

Comme prévu, deux nouveaux films à mon compteur ce week end, un français et un américain à nouveau.


Gainsbourg (vie héroïque) d'abord. Joann Sfar a répété à l'envi que son intention n'était pas de mettre en images des moments avérés de la vie du Grand Serge : des archives (en particulier des images), il en existe, on a pu les voir ne serait-ce que la semaine dernière sur France 3, et la Cité de la Musique avait monté une expo fin 2008 qui bien que décevante (l'enjeu était énorme, vu l'étendue de son œuvre) permettait d'en apprendre plus sur l'homme.

Un réalisateur met forcément de lui dans son œuvre, et le choix de Sfar est a priori louable : il a souhaité proposer un film "personnel". Malheureusement, Gainsbourg (vie héroïque) est plus que cela : il est outrageusement égocentré. Cela me coûte de l'admettre, mais mon père, qui après la lecture de quelques pages de son carnet Ukulélé, me faisait part de son sentiment sur l'auteur de bd avait sans doute raison : le mec est finalement assez prétentieux, car sans doute trop conscient de son talent.

Son premier long-métrage en est une longue démonstration : quand Serge Gainsbourg peint, ce sont des esquisses de Sfar que l'on voit ; les paravents de chez Mme Hartur : des dessins de Sfar ; les musiciens accompagnant Fréhel/Yolande Moreau : ma main à couper qu'il s'agit de ses amis, avec qui il tape des bœufs dans Ukulélé ; et pour finir le film, après le noir : une citation de "J. Sfar" (je doute qu'il s'agisse d'un homonyme) - « Ce ne sont pas les vérités de Gainsbourg qui m’intéressent, mais ses mensonges ».

Au final, on a l'impression d'avoir vu un film sur un artiste juif pas sûr de lui, qui aura touché à l'art pictural comme à la musique : Joann Sfar. Super.


Heureusement, il y a les frères Coen. Aaaahhh....

Paul Rudd disait très justement "faire l'amour, c'est comme manger une pizza : quand c'est bon, c'est génial, et quand c'est pas bon, c'est pas mal quand même." Il en va de même pour un film des frères Coen : Burn after reading était moyen, mais c'était bien quand même. A Serious Man est tout simplement exceptionnel.

En en sortant, une pensée me vient subitement : VDM est un concept juif. Le propre de l'humour juif, c'est de rire de ses malheurs : victimes de persécutions depuis des millénaires, la meilleure façon de survivre, c'est finalement d'en rire. Mais cette auto-dérision s'applique également aux petits tracas de tous les jours, et c'est la matière première du dernier chef d'œuvre d'Ethan et Joel Coen (qui ont toujours su faire rire avec des situations horribles).


Le film s'ouvre sur la citation du Rabbin Shlomo Itzchaki : "Receive with simplicity everything that happens to you." Le problème de Larry Gopnik est qu'il fait (par défaut) cet adage sien avec un peu trop de zèle : il est prof de physique dans une université du Midwest, marié, a deux enfants dont un fils sur le point de faire sa Bar Mitzva, attend d'être promu, mais son principal problème, c'est qu'il a toujours été passif. Alors quand tous autour de lui prennent des décisions qui lui sont tout sauf favorables - pire, que le sort semble s'acharner sur lui -, il ne sait plus vers qui (quel Rabbin...) se tourner.

Mais comme c'est un film des frères Coen, c'est hilarant. Et surtout, c'est sublimement mis en scène, en images, construit, dialogué et casté - contrairement à un Benjamin Button ou The Reader, aucune tête d'affiche ici, mais la distribution est parfaite. Et contrairement à Sfar qui livre un objet qui ne parle que de lui-même, les Coen ont produit un film ultra-personnel mais qui parle à tous (et peut-être un peu plus aux juifs...).

(ATTENTION, CE QUI SUIT EST UN SPOILER, NE PAS LIRE SI VOUS N'AVEZ PAS ENCORE VU LE FILM) Et ils se permettent ce que tout créateur, Dieu en sa propre œuvre, peut se permettre : après avoir infligé le pire à leur personnage, et alors qu'on se demande comment celui-ci va pouvoir s'en sortir, les tout-puissants Coen administrent à leur film... une tornade. Alors forcément, les soucis de Gopnik (et des autres personnages) paraissent un peu peanuts. Mais n'est-ce pas la conclusion ultime à apporter à toute fiction ? : happy end ou pas, une fois le noir venu, les personnages ne sont plus... Difficile de faire mieux.

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